Dienstag, 17. Dezember 2013

Sparks, Paris, 04.12.13


Concert: Sparks
Date: 04/12/13
Lieu: L'Alhambra, Paris
Durée du concert: 1h15

Chronique par Eric D, merci beaucoup!

"Quel beau cadeau d'anniversaire que de pouvoir aller assister au passage de Ron et Russell Mael à l'Alhambra, petite salle intime près de la République, alors que nous sommes nous même pour une semaine à Paris ! Depuis la déflagration This Town Ain't Big Enough en 1972, Sparks est resté l'une de mes formations musicales préférées : je dis formation puisque Sparks n'est pas un groupe, c'est deux mains et une bouche réparties entre deux frères au talent éblouissant. Deux mains et une bouche qui prennent donc leur revanche sur cette tournée, avec une set list nouvelle, mais en suivant le même principe que la précédente, c'est à dire l'interprétation de versions minimalistes des chansons de Sparks, retravaillées pour le seul clavier de Ron et la seule voix - mais quelle voix ! - de Russell. 


Il est 19h45, nous sommes bien installés au 4ème rang de ce petit cinéma reconverti en salle de concerts, avec Clément et Virginie, confiants en l'avenir immėdiat quand, au moment où nous nous y attendons le moins, l'horreur frappe... sous la forme d'un DJ tatoué, moustachu et jovial, Dr Vince, qui a été visiblement chargé de nous "animer" pendant une petite heure. Le problème c'est que DJ Vince fait normalement la tournée des maisons de retraites, ce qui fait que son répertoire, diffusé à volume modéré pour ne pas réveiller les papys qui dorment déjà, est destiné aux plus de soixante-dix ans (son heure de gloire est le passage de la BO du "Grand Blond" de Vladimir Kosma...), que ses blagues ne peuvent que faire sourire un malade d'Alzheimer, et qu'il a autant de pratique de la table de mixage que votre grand mère. La salle a beau être remplie de quadras et quinquas, c'est dur, voire franchement déprimant quand on réalise qu'il ne s'agit pas d'une blague à l'image des désormais célèbres premières parties des Stranglers, mais bien d'un spectacle au premier degré. Plus de 50 minutes de torture raffinée, mais je lui aurai quand même fait un beau doigt d'honneur pour lui signifier mon amour. 


20h55, les Mael Brothers sont là, vieillis mais passablement inchangés finalement après plus de quarante ans de musique, comme prévus avec un matériel minimal : le clavier de Ron et une boite à boucles pour Russell, pour le premier morceau seulement, le terrible Your Call is Very Important To Us... Ça commence très fort donc - Little Beethoven est mon album préféré de Sparks - et ce d'autant qu'on enchaine avec Carnegie Hall... La voix de Russell reste magnifique malgré ses 65 ans, son énergie scénique inentamée, et Ron arbore son éternel, imperturbable et irrésistible stoïcisme qui est un spectacle à lui seul. Russell, tout en noir comme à son habitude, porte un drôle de culotte de golf, mais on oublie vite cette jolie incongruité. Le son est évidemment parfait, les lumières correctes, même si l'agitation continuelle de Russell rend les photos difficiles. Bref nous sommes partis pour un voyage en douceur au pays enchanté des chansons merveilleuses de Sparks, la seule inconnue à ce stade étant la setlist : or la setlist va être audacieuse, proposant une visite de morceaux moins connus de la longue discographie des frères, voire même obscurs (Big Boy, Those Mysteries, Academy Award Performance). Sommets de cette première partie du set : Good Morning avec Russell courant en rond sur cette mélodie irrésistible, et un How are you getting Home magnifique en hommage parisien à Leos Carax et son "Holy Motors" magique... sans même parler du rituel et passionnant extrait de Ingmar Bergman, oeuvre audacieuse et certainement moins pop. 


Le set accélère logiquement sur la fin, avec les crowd pleasers que sont This Town ou Suburban Homeboy, avant une magnifique conclusion sur When Do I get to sing My Way, instant de pure grâce qui montre à quel point Sparks tutoient l'exceptionnel. Ouaouh ! Tout le monde est debout à applaudir, pour une ovation qui ne semble pas vouloir en finir. Et c'est là que quelque chose se passe : l'émotion comme un courant électrique, ténu mais constant, entre nous et eux, le sentiment d'un moment à part, protégé de la barbarie du monde. Le rappel va être fantastique, tout simplement, avec une version incomparable de Tryouts - des fans ont déployé une grande banderolle disant "Merci encore" - puis un superbe Number 1 in Heaven, qui voit Russell éjecter son frère de derrière ses claviers pour le faire danser (hein ?) sur le devant de la scène, jusqu'au fameux sourire grimaçant que tout le monde attend et qui déclenche un tonnerre d'applaudissements. On termine élégamment avec "le" morceau composé spécialement pour cette tournée, Revenge. L'émotion culmine désormais, et Ron et Russell n'arrivent plus à quitter la scène : un enfant a remis un t-shirt à Ron exprimant l'amour des fans parisiens, et Ron, qui ne parle pas français comme son frère, nous explique combien il a besoin du public pour trouver l'inspiration, alors que leur musique vit dans une sorte de bulle coupée du monde. Russell contient difficilement son émotion, et les Mael Brothers finissent par quitter la scène, visiblement à regret, parce que nous avons vécu ce soir l'un de ces moments incroyables où l'amour de la musique s' est comme matérialisé, et où tout a réussi, pendant quelques minutes au moins, à faire sens. 


Une courte heure et quinze minutes d'un spectacle parfait, aussi techniquement impeccable - ces chansons ! Cette voix ! - que humainement bouleversant. Oui, merci, merci encore et encore, Ron (the hardest working man in show business selon son frère admiratif) et Russell, pour savoir ainsi garder la flamme de l'inspiration aussi brillante et chaleureuse. Je ne sais pas quand - ou même si - nous nous reverrons ainsi, mais vous m'avez rendu plus heureux et certainement meilleur depuis quarante ans, avec votre musique."



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